Patrimoines en partage


Rêveries et évasions dans les jardins de Maurice Carême

Pravina Nallatamby


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Alors que le printemps s’installe timidement à Paris en ce mois de mai, le mois des fleurs, et aussi le mois de naissance de Maurice Carême, nous avons voulu lui rendre hommage en présentant ses écrits sur les jardins. Madame Jeannine Burny, Conservateur de la Fondation Maurice Carême, a eu l’amabilité de partager avec nous trente-deux textes du riche répertoire du grand poète originaire de Belgique. En lisant ces poèmes, on retrouve une nature qui s’anime en musique et en couleurs : chantent les oiseaux aussi bien que les végétaux. La délicieuse senteur des giroflées, des roses et du réséda se mêle à la beauté des fleurs épanouies entre le rire des enfants, le piaillement des geais en vol, le roucoulement des colombes, le pépiement des passereaux que sont moineaux, tarins et verdiers.

Comme on le constate dans une partie de son oeuvre, les vers de Maurice Carême sur les jardins respirent la tendresse où un vent d’innocence souffle entre les rimes. En écoutant le chant du pêcher ou celui du lilas ou bien l’hymne au jardin, on ressent l’humanisme qui anime le poète ; avec des mots simples, il nous rappelle combien ce lieu quasi magique est plein de ressources pour l’homme, qu’il soit jardinier ou non. Maurice Carême fait cohabiter fruits, fleurs et légumes à volonté. La nature devient encore plus vivante sous sa plume alors qu’il les met en scène, comme si on était au théâtre : les choux, « ces bons bourgeois », surveillent les fraises un peu trop sensuelles ; le poireau devient le Don Quichotte qui défend le poireau contre l’invasion des pois. L’hélianthe fait des yeux doux au soleil et la rose affiche sa pudeur face aux bourdons. Le regard quitte la terre et s’oriente vers le ciel. La perspective s’étend à perte de vue donnant ainsi au lecteur une idée de la grandeur de l’infini. Quelques oiseaux pépient, s’amusent et s’envolent pour disparaitre dans les nuées lointaines. Parfois, c’est le ciel qui semble se mirer dans le jardin. Les étoiles tombent du ciel lorsqu’une petite fille chante auprès d’un tilleul. Les stellaires aux corolles épanouies scintillent grâce à la délicate douceur de leur blancheur. Et parfois, on pourrait même imaginer tenir des étoiles dans sa main en se confectionnant un bouquet de lilas blancs à l’automne. La nature devient soudain enchantée comme un conte de fées. En faisant courir le Petit Poucet et Blanche Neige dans son jardin, Maurice Carême invite le lecteur à retrouver son âme d’enfant et à s’évader vers le monde féérique des contes pour trouver le bonheur.