Patrimoines en partage


En souvenir de Rabindranath Tagore

L’histoire d’un dialogue oublié

Pravina Nallatamby


ISBN :
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Au cœur du paysage bistre et doré de l’automne, entre nature et culture, reliées par un dialogue intime, le monde nous livre une actualité sociopolitique lourdement marquée par des conflits qui résonnent en écho à des guerres d’il y a cent ans et à des guerres d’antan. Avant l’arrivée de la rigueur hivernale, d’autres nouvelles de cette saison plus douce nous convient à une pause poétique lorsque le discours devient plus nuancé avec l’annonce de la liste des prix Nobel, attirant notre attention sur cette « faculté créatrice de l’homme » dont parlait le poète bengali Rabindranath Tagore. Ce dernier ainsi que bien d’autres humanistes ont choisi de louer la créativité contre l’anéantissement. La mémoire de l’homme est courte et sélective. Tout s’oublie en un jour, en un an, en une décennie ou dix…

Qui se rappellera des « grands hommes » de 2013, de leurs œuvres ou leurs contributions pour l’épanouissement de la société et le progrès de l’humanité ? Qui se souvient encore des prix Nobel d’il y a un siècle ? L’amitié profonde entre Tagore et Romain Rolland, prix Nobel controversé, s’est développée autour de l’intérêt d’un dialogue fructueux entre l’Orient et l’Occident pour réagir contre « l’oppression et la servitude quasi-universelles de l’intelligence ». En 1919, dans une lettre à Tagore, il lui expose son souhait en lui demandant de participer au projet de la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » qu’il rédige avec Henri Barbusse, Albert Einstein et Bertrand Russell. Il le somme de chercher des collaborateurs en Inde, au Japon et en Chine car il « voudrait que l’intelligence de l’Asie prît une part de plus en plus régulière dans les manifestations de la pensée d’Europe » pour assumer ensemble le « devoir de construire ». Quelques années plus tard, avant la deuxième guerre mondiale, au nom du Comité mondial contre la guerre et le fascisme, il le remercie pour son adhésion dans « l’effort de Rassemblement universel pour la Défense de la Paix ». Certes, cela n’a pas empêché la guerre d’éclater, de détruire des peuples et d’isoler des nations. Et Romain Rolland de garder un brin d’espoir en cette solidarité fraternelle en sommant son ami idéaliste comme lui ainsi : « Dans un monde livré à la violence aveugle et au mensonge, il nous faut garder en nous la vérité et la paix. » En ce début d’automne 2013, alors que chaque jour l’intolérance et la méfiance se répandent comme une épidémie dans le monde et minent les bases de tout dialogue, en cette veille de commémoration du centenaire de la grande guerre, qui nous rappelle bien des souvenirs amers et douloureux, il nous paraît opportun de rappeler les résonances actuelles de l’œuvre de Rabindranath Tagore. En recevant le prix Nobel de littérature en 1913, ce grand humaniste indien avait su toucher son lectorat non seulement par sa poésie et son amour de la nature mais aussi……………

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