Patrimoines en partage


Marrakech, la ville des jardins

Pravina Nallatamby


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Merveilles de la Création : reconnaissance qu’elles doivent nous inspirer. (.) La terre déroule sous tes yeux ses riantes fleurs ; elle offre à ton odorat ses parfums, à ton palais ses fruits savoureux. L’abeille te prodigue son miel, l’air sa manne bienfaisante.

Saadi, Le boustan

En ce début juin, à l’aube du XXIe siècle, Marrakech, la ville rouge nous accueille en déployant une végétation luxuriante et verdoyante avec ses jardins historiques et ses allées de belles fleurs épanouies. Il convient de jeter un regard neuf sur ce patrimoine unique en contemplant chaque élément du paysage à la lumière de leur histoire afin de saisir la place qu’occupent ces espaces verts privés et publics dans la société arabo-musulmane et plus particulièrement la société marocaine. Des documents historiques[1] témoignent de la richesse de cet art du jardin qui a valu à Marrakech le nom de Al bahja, « celle qui réjouit le coeur ». Un retour sur son passé abondamment décrit par maints voyageurs, chercheurs et historiens nous permettra de comprendre non seulement l’émerveillement que suscite encore cette ville fleurie mais l’importance de la sauvegarde et de la valorisation de ces espaces verts.

Jardins d’antan et jardins d’aujourd’hui 

Depuis la fondation de la ville par Youssef Ibn Tachfin, chef de la dynastie berbère des Almoravides, il y a presque mille ans, on a recensé une centaine d’espaces verts traditionnels appelés bustân, buhayra, agdâl, ‘arsa et jnan. Selon les historiens, il est difficile de dater exactement la création des plus anciens jardins de Marrakech comme par exemple celui de l’Aguedal qui fait 444 hectares et celui de la Ménara qui fait 88 hectares. Ces immenses espaces de verdure aménagés en vergers clos dotés d’un sâhrij (« grand bassin ») ont probablement été réalisés durant le règne des Almohades dès le XIIe siècle.

Le jardin de l’Aguedal datant de huit siècles et conçu par le calife Abdelmoumen (1130-1163) est entouré d’une enceinte de murs en pisé ponctués de tours fortifiés à proximité de la Médina, au sud-ouest de la ville. Il a été agrandi au XIXe siècle sous le règne de Moulay Abderrahmane. Les allées bordées de rangées d’oliviers traversent un terrain qui est divisé en parcelles plantées par quartier de plusieurs espèces d’arbres fruitiers tels que agrumes, noyers, oliviers, amandiers, figuiers et grenadiers.

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[1]  Les extraits des documents historiques cités proviennent de l’ouvrage de M. El Faiz sur les jardins de Marrakech.